L’infidélité : Cause ou conséquence de la désunion dans un couple ?

22 septembre 2015 • Couple
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Ces derniers temps nous avons été témoins d’un déferlement de dénonciations de relations adultères dans la presse en lien avec la divulgation d’une liste de personnes infidèles provenant du site Internet Ashley Madison. Si l’infidélité constitue indiscutablement une rupture des engagements entre une femme et un homme, il nous apparait important de nuancer certaines affirmations.

Oui il y a probablement plus d’infidélité qu’autrefois quoique les données à ce sujet sont parfois contradictoires et différentes d’un pays à l’autre. Selon un sondage de l’IFOP en France de janvier 2014, 1 homme sur 2 et 1 femme sur 3 seraient infidèles. Dans notre pratique à l’IFACEF, nous ne voyons pas beaucoup de différence entre les hommes et les femmes.

On ne peut nier toutefois une certaine augmentation. Plusieurs raisons à cela : comme le dit Grandmaison « on se marie pour l’éternité, mais l’éternité aujourd’hui dure plus longtemps que celle d’hier ». Autrement dit, l’allongement de l’espérance de vie a augmenté la durée de la vie d’un couple. Par ailleurs au Québec nous avons le triste privilège d’avoir un des taux de désunion les plus forts du monde soit environ 50%. Dans les sociétés occidentales, l’égocentrisme ambiant amène à refuser tout effort de résolution de conflit. Et pourtant comme le disait si bien Sacha Guitry « être en couple, c’est résoudre à deux des problèmes qu’on n’aurait pas eus tout seul … » les crises font partie inhérente de la vie d’un couple.

Mais revenons sur les causes possibles de l’infidélité. Qu’est-ce qui pousse un homme ou une femme à rechercher une aventure extra-conjugale ? Si l’on excepte les cas pathologiques comme le Don-Juanisme ou la nymphomanie (où la quête est plus importante que la durée), l’ennui lié à la routine qui s’établit dans la vie quotidienne semble être un facteur important. En ayant une aventure, on comble un besoin celui de mettre du piment dans notre vie. L’un des deux partenaires peut se retrouver dans un état de manque d’amour tel qu’il devient un « mendiant d’amour » selon l’expression du Dr Gérard Leleu.

Sur quoi repose l’amour dans un couple ? Il y a au départ une attirance physique, une sorte de chimie faite de tendresse, d’affection, d’attentions de toutes sortes. Mais cet amour a besoin d’être entretenu ce que beaucoup de couples oublient. Sans eau une plante dépérit, sans engrais elle meurt. Il en est de même pour un couple. Sans surprise, sans moment privilégié, un couple se meurt. On n’est pas uni une fois pour toutes, il faut entretenir la flamme sans attendre que l’autre prenne des initiatives dans ce sens.

Pour nous les bases d’une fidélité choisie (et non plus imposée comme autrefois) reposent beaucoup sur la relation d’attachement que nous avons développée avec nos parents dans l’enfance. Nous avons besoin de nous reposer sur l’autre, de nous sécuriser avec lui mais paradoxalement de rendre cette relation d’attachement excitante. Faire avec l’autre ce qu’on n’aurait pas fait seul.

J’aime comparer la vie de couple à un bateau. On peut rester au port, faire des ronds dans l’eau, et s’ennuyer royalement ! On peut au contraire partir à l’aventure. On rencontrera des tempêtes, mais ce sont ces tempêtes – ces crises – surmontées qui feront qu’on ne voudra pas mettre fin à cette histoire.

Les crises sont multiples dans la vie d’un couple : accaparement par l’un ou l’autre des conjoints d’une vie professionnelle trop prenante, arrivée des enfants qui peut provoquer un éloignement temporaire, car le couple parental prend toute la place au détriment du couple conjugal, crise du milieu de la vie avec le départ des enfants et la peur de vieillir en perdant sa sexualité, prise en charge d’un parent âgé qui entraîne une non-disponibilité comme conjoint, etc …

Ce qu’il faut retenir c’est qu’une crise surmontée peut amener un état d’équilibre supérieur au précèdent. Une crise peut être l’occasion d’un renouveau dans la relation du couple.

Comment surmonter la crise d’infidélité ?

  • Tout d’abord il faut accepter de prendre du temps. Surmonter la blessure narcissique liée à l’infidélité n’est pas facile, c’est toute l’estime de soi qui est atteinte. Être clair sur son désir de reprendre la relation, de comprendre les raisons qui ont mené à l’infidélité, réapprendre à communiquer authentiquement, cela exige du temps et souvent l’aide d’un thérapeute.
  • Il faut également reconquérir l’autre – autant celui qui a trompé que celui qui a été trompé – il ne s’agit pas de revenir à la lune de miel du départ, mais de retrouver les éléments de base de la vie de couple : la tendresse et l’intimité.

Ces deux points sont les préalables indispensables à tout changement dans l’organisation de la vie relationnelle pour permettre une renaissance du couple.

Pour notre part nous avons souvent constaté que les couples qui arrivent à surmonter des infidélités sont beaucoup plus solides et ouverts, et surtout conscients qu’il faut continuellement entretenir leur relation conjugale.

Benoît Clotteau
Psychodramatiste, Psychothérapeute, Directeur de l’IFACEF