La discipline familiale : le juste milieu entre des libertés individuelles et l’acquisition d’une conscience sociale.

14 décembre 2020 • Famille

Le mot discipline pour de nombreux parents évoque souvent le souvenir de moments négatifs vécus en famille ou à l’école, synonymes d’abus de pouvoir ou d’incompréhension des besoins de l’enfant. Pourtant, si l’on réfère à la vie adulte, nous sommes tous obligés de suivre une certaine discipline notamment :

  • Dans les transports en commun;
  • Dans les magasins;
  • Sur la route;
  • À l’école ou l’université, particulièrement en ces temps de pandémie.

Vivre en société implique une auto-discipline qui nécessite un véritable apprentissage tout au long de notre existence.

Une vision négative de la discipline familiale a des conséquences importantes sur le comportement des enfants. En associant discipline et amis de pouvoir, les parents démissionnent de leur rôle d’autorité et transmettent à l’enfant que toute frustration est inacceptable. Depuis quelques décennies, on assiste à la naissance du « Parent Copain », ami de son enfant, qui renonce à toute hiérarchie dans le cadre familial. Les conséquences sont dramatiques : l’enfant « Roi » devient le centre de l’attention et reproduit dans ses différents milieux de vie, particulièrement à l’école, les comportements appris à la maison. Incapable de vivre la frustration, il se fait rejeter de ses pairs et des enseignants.

Mais qu’est-ce que la discipline ?

La discipline repose sur plusieurs principes :

  • Les règles de vie : familiales, communautaires, sociétales.
  • Les conséquences à l’acte.
  • Les attitudes éducatives.

Les règles de vie

Les règles de la vie familiale sont très nombreuses. Elles peuvent être explicites ou implicites. Explicites quand elles sont clairement identifiées, implicites quand tous les membres de la famille respectent certains modes de comportement sans qu’ils aient été clairement identifiés. 

Ces règles sont multiples, elles concernent soit l’organisation de la vie familiale (horaires, tâches ménagères, habillement, repas…), soit les modes de communication dans la famille (respect, intimité, comment se confronter, dire ce qu’on fait…), soit des rituels à respecter par l’ensemble du groupe familial (événements à souligner, anniversaires, visites de la famille éloignée…). C’est dès la petite enfance que l’enfant doit acquérir ces habitudes qu’il pourra généraliser par la suite à l’ensemble de ses rapports sociaux. 

L’important pour les parents c’est d’adopter les règles à l’âge des enfants et d’expliquer que ces règles peuvent être différentes en fonction de l’âge (l’heure du coucher par exemple). 

Mais il faut un juste équilibre : trop de règles, on en perd le sens, pas assez de règles, c’est l’anarchie. Attention également à ne pas augmenter le nombre de règles au fur et à mesure du développement de la vie familiale. Il faut au contraire en supprimer dès que l’enfant acquiert une auto-discipline.

Apprendre à un enfant à ranger ses jouets, à ramasser ses affaires, bref à mettre de l’ordre, c’est lui permettre d’acquérir une structure dans le temps et dans l’espace, lui apprendre à frapper à la porte de la chambre des parents avant d’entrer, c’est lui apprendre le respect de l’intimité de chacun et l’amener à faire respecter sa propre intimité… Évidemment, les parents doivent montrer l’exemple : rangeons-nous nos propres affaires ? Frappons-nous à la porte de sa chambre avant d’entrer ? Autant d’exigences à avoir aussi bien chez les enfants que chez les adultes.

Les limites et les conséquences à l’acte

Apprendre à un enfant à respecter des limites, ce n’est pas brimer sa liberté. C’est au contraire lui montrer qu’en respectant le territoire de l’autre, on s’attire sa reconnaissance et son désire d’entrer en relation, ce qui va permettre plus tard de jouer ensemble ou de travailler en équipe. 

Ce qui implique pour le parent de respecter ses propres limites. Combien de parents se laissent envahir dans leur chambre par l’enfant qui ne veut pas se coucher ? L’accueillir s’il a peur, bien sûr, mais le ramener dans son lit en lui faisant comprendre que chacun doit avoir son espace à lui.

Se référer à des règles et imposer des limites, c’est aussi pouvoir les appliquer ou les transgresser. Ce qui nous amène à parler des conséquences. Celles-ci peuvent être positives ou négatives. On oublie très souvent de valoriser l’enfant quand il accepte de se soumettre à la discipline. Cette valorisation peut se manifester sous forme d’une récompense exceptionnelle, d’un encouragement, d’une marque d’affection particulière. L’important est que l’enfant soit reconnu au niveau des efforts qu’il met à entrer dans ce cadre disciplinaire.

La «punition» doit être exceptionnelle et en rapport avec l’infraction commise. C’est ce qu’on appelle la conséquence à l’acte. Il faut qu’il y ait un lien logique entre ce qu’a fait l’enfant et la conséquence, plutôt qu’une punition qui n’a aucun rapport avec l’acte commis. 

C’est grâce à un juste équilibre entre les frustrations et les gratifications que l’acceptation de la discipline va être acquise. 

Les attitudes éducations

Pour parvenir à l’intégration de cette discipline dans l’organisation de la structure interne de son enfant, le parent doit utiliser différentes attitudes en fonction des circonstances et de l’âge de l’enfant. On peut citer :

L’ignorance intentionnelle, la dédramatisation par l’humour, l’isolement, l’intervention d’une tierce personne, une attitude paradoxale… autant d’attitudes et bien d’autres que le parent doit apprivoiser et adapter à sa personnalité. 

Se souvenir aussi qu’on peut fonctionner par contrat, surtout avec des adolescents : « Tu t’engages à faire telle ou telle chose pendant X temps et si tu y parviens, tu auras tel avantage ou telle récompense. » Mais il faut évidemment adapter ces contrats en fonction de l’âge des enfants. 

En conclusion, il faut être persuadé qu’acquérir une auto-discipline est fondamental pour permettre à l’enfant de devenir un adulte responsable capable de fonctionner en harmonie avec la société dans toutes les sphères de la vie quotidienne : famille, travail, loisirs…

En disciplinant l’enfant, nous le préparons à devenir un adulte autonome et responsable. 

Rédigé par Paule Blain Clotteau

TCF, Psychothérapeute