LA PARENTALITÉ POSITIVE : UN CONCEPT NOVATEUR DANS L’AIDE À APPORTER AUX FAMILLES

24 septembre 2019

Il serait trop long d’énumérer les prémisses qui ont permis l’émergence de la Parentalité Positive. Disons pour résumer que dans la plupart des pays, la famille, et plus précisément les parents, étaient tenus responsables de tous les problèmes qui survenaient à leurs enfants. Les États développaient des politiques visant à protéger les enfants des incompétences parentales. Les parents étaient souvent vus comme négligents, maltraitants, voire toxiques pour leurs enfants. La responsabilité de l’état était de suppléer aux manquements des parents par des politiques centrées sur des aides financières, matérielles, voire des lieux de substitution : familles d’accueil, institutions, … Il s’agissait de répondre aux incapacités parentales par une politique soit répressive, soit culpabilisante.

 
Puis est apparue, simultanément dans de nombreux pays, une nouvelle philosophie d’intervention. À la notion d’assistance s’est substituée la notion d’aide véritable. En d’autres termes au lieu de combler le manque et d’apporter des solutions toutes faites aux familles vulnérables, on a considéré qu’il fallait les aider à être de meilleurs parents. Pour reprendre un exemple bien connu : « Mieux vaut apprendre à pêcher à des gens qui ont faim, que de leur fournir le poisson »   
Ce n’est plus la société qui définit ce que doit faire la famille, c’est la société qui aide la famille – parents et enfants – en leur fournissant les moyens de se développer.
 
Quels changements au niveau familial ?
Même si la famille traditionnelle demeure majoritaire, au sein même de cette famille des mutations apparaissent.

Autrefois c’était le père l’élément central. Le passage de la puissance paternelle à l’autorité parentale partagée entre les deux parents est l’une des mutations majeures dans beaucoup de sociétés. On est passé d’une vision patriarcale à une vision parentale où chaque parent se retrouve à égalité dans des rôles qui sont différenciés et complémentaires.

On constate également un glissement important d’une vision collective vers une vision individualiste. Si la famille est toujours un lieu d’enracinement (appartenance) et de solidarité, elle est de plus en plus perçue comme un lieu où des individus vivent en famille. La modernité et les progrès matériels ont amené les individus à développer des désirs et des besoins qui n’existaient pas auparavant.

D’où la nécessité de se recentrer sur l’essentiel : la relation entre le parent et son enfant. Il ne s’agit plus seulement d’aider le parent ou d’aider l’enfant, mais de soutenir les familles au niveau du lien d’attachement qui existe entre parents et enfants.  

Le soutien aux familles devient un soutien à la parentalité. Il s’agit d’accompagner et d’améliorer ce lien d’attachement entre parents et enfants et non de soutenir l’un ou l’autre. Pour cela, il faut développer une Parentalité Positive, c’est-à-dire, voir les parents comme ayant des compétences pour éduquer leur enfant et l’amener à son autonomie. 
 
Partir des compétences parentales
Partir des compétences parentales, c’est reconnaitre qu’être parent c’est d’abord un métier, un travail à accomplir.
 
Pour Catherine Sellenet:

 « Le métier de parent n’a rien d’évident, il est exigeant, éprouvant, fatigant, angoissant et c’est à cette réalité-là que se rapporte aussi la notion de parentalité ».
 
Ce métier de parent est à la fois une compétence apprise de nos propres parents mais en même temps acquise au cours de notre propre vécu parental à travers les expériences accumulées avec nos enfants et l’apprentissage de connaissances venues de l’environnement.  

La parentalité va par conséquent s’appuyer sur des compétences innées ou acquises. Elle va également s’appuyer sur le plaisir éprouvé à éduquer un enfant. Il est d’ailleurs surprenant de voir dans la littérature très peu de contenu à ce sujet. Seul Michel Lemay[2], psychiatre à Montréal, fait référence au plaisir partagé entre un parent et son enfant par l’intermédiaire du jeu.

« Apprendre à un parent à jouer avec son enfant est beaucoup plus utile que de lui rappeler sans cesse ses devoirs ou obligations ». 
 
Pour Jorge Barudy

« La majorité des familles produit de la bienfaisance …, la bienfaisance d’un enfant est une production humaine, jamais purement individuelle, ni uniquement familiale, mais bien le résultat de l’ensemble d’une société … »
 
Bref comme le dit le proverbe : « il faut tout un village pour éduquer un enfant »
C’est cette dimension sociale qu’il ne faut jamais oublier quand on évalue les compétences des parents. Trop souvent les intervenants et les institutions posent un regard moralisateur sur les parents en remarquant leurs difficultés et en les rendant responsables de tous les dysfonctionnements de leurs enfants.
Il faut combattre cette ambivalence qui consiste à la fois à valoriser le rôle des parents tout en les discréditant en cas de difficulté.
 
Quels sont les besoins des familles?
La majorité des parents souhaitent le bien de leurs enfants et veulent leur réussite. Mais il est difficile pour un parent dans un monde en pleine évolution de savoir ce qu’il convient de faire pour parvenir à bien éduquer son enfant. La structure changeante des familles : monoparentalité et séparations plus fréquentes, a bouleversé l’image de la famille traditionnelle, même si celle-ci demeure l’élément de base de la société.

Par ailleurs la Parentalité Positive doit tenir compte de changements apparus dans les sciences humaines ces dernières années. La vision psychodynamique traditionnelle qui mettait l’accent sur l’individu et les stades de développement a vu son influence contrebalancée par une vision systémique qui met l’accent sur l’interrelation entre les différents systèmes d’appartenance d’une personne.  
C’est ce faisceau interactionnel entre l’enfant et ses parents, la famille et son environnement sociétal qui va modeler l’enfant et développer sa personnalité.

Les neuro-sciences ne font que confirmer qu’il existe deux périodes capitales dans ce développement : 0-3 ans et l’adolescence. Périodes où le cerveau est en pleine mutation et où l’épigénétique (influence de l’environnement sur la génétique) peut déterminer des dommages irréversibles sur le cerveau.

Par ailleurs les avancées de la cybernétique ont permis l’accès à un monde virtuel et rendu la communication beaucoup plus rapide, ce qui produit une culture de l’instantanéité avec son lot de réussites (accès à la culture, à la connaissance en général) mais aussi d’échecs (développement de l’impulsivité et de l’hyperactivité chez les enfants).


Pour toutes ces raisons chez les enfants : l’exercice de la Parentalité Positive implique que certaines conditions soient facilitées par la société civile, comme :

  • De créer des services de proximités ;
  • De répondre rapidement aux questions des parents ;
  • De se centrer sur l’écoute des préoccupations des parents et des enfants plutôt que sur les devoirs des uns et des autres ;
  • De développer une coparentalité entre les parents ;
  •  De faire comprendre le rôle capital des pères pour l’autonomisation de l’enfant. ;
  • De permettre aux parents de mieux saisir l’influence du numérique sur le cerveau et la santé des enfants ;
  • D’offrir des lieux de rencontres entre parents pour échanger et se ressourcer ;
  • De former des intervenants capables d’être à l’écoute des besoins des familles, respectueux des valeurs familiales, d’offrir un accompagnement basé sur les compétences des parents plutôt que sur leurs limites, etc… 

En résumé
Développer une Parentalité positive ce n’est pas uniquement s’appuyer sur les capacités des parents, c’est aussi leur offrir un environnement sociétal en mesure de répondre à leurs besoins et à ceux de leurs enfants.

N’oublions pas que pour vivre cette Parentalité Positive il faut concevoir l’éducation, non seulement comme une obligation, mais surtout comme un plaisir partagé entre l’enfant et ses parents.

Benoît Clotteau
Psychodramatiste, Psychothérapeute, Directeur de l’IFACEF